Argenteuil, ville impossible à photographier ?

La photographie est un art qui se nourrit des images de la vie, celles que l’on cherche à saisir en passant, et qui resteront, car elle a ce pouvoir de permettre la conservation (relative) des images d’une époque.

Un modeste appareil permet d’exercer cet “art moyen”, qui ne nécessite pas le long apprentissage du dessin, même s’il se nourrit de connaissances acquises dans ce dernier art.

Je n’ai jamais eu de difficultés pour prendre des photos ailleurs, mais, est-ce depuis Internet, et le bourrage de crâne afférent au “droit à l’image”, aux “droits d’auteur”, et autres hadopisme, il semble que le libre exercice de cette activité artistique devienne bien difficile dans une ville comme Argenteuil.

Y sortir un appareil photo semble devenu aussi redouté que d’y sortir une arme. La banlieue est-elle à ce point différente du reste de la France, où l’on semble pouvoir encore se promener librement. J’ai encore en tête la fierté que l’on éprouve à être photographié, le photographe est vu comme un ami des bons moments, celui qui distinguera le moment que l’on vit.

Ici, je suis très surpris des réactions : il semble que les gens redoutent d’avoir à un policier, un indic, un pédophile, ou un journaliste, où l’on ne sait quel personnage fantasmatique sans doute issu de séries américaines que je ne connais pas.

Voyons un peu le florilège de ces réactions.

Je revisionnais mes photos sur l’écran dans un bistrot, quelqu’un est venu me voir pour me dire : ne me photographiez pas, la police me recherche.

Dans les parcs de la ville, on est interpellé par les gardiens, pour qui l’appareil est un objet de suspicion, “il est interdit de photographier”, “il faut demander la permission”.

Dans un parc végétal, un gamin est venu m’insulter, pour gâcher de la pellicule dans un endroit où “il n’y a rien à voir”.

Sur une place, des gamins qui fumaient ont envoyé le guetteur me demander ce que je pouvais bien photographie.

J’espère que la  mairie n’a pas donné de consignes pour interdire la photo, et faire payer des droits pour renflouer ses caisses. Un lieu comme Argenteuil a besoin d’artistes, même très modestes, pour le représenter, et doit continuer d’être représenté,  mis en scène, cela ne peut s’arrêter aux impressionnistes, dont les lieux mythiques ont disparu sous le béton. L’histoire doit continuer, et il est incompréhensible que cette ville ne soit pas photograph friendly, qu’elle ne valorise pas le travail d’image, qui aujourd’hui ne se diffuse plus par livres mais sur Internet, donnant une visibilité à ses lieux.

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Le blog de Jean Trito

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