Argenteuil, la ville s’endormait

Je n’ai jamais connu une telle période de vide sidéral dans cette ville depuis des années, plus rien ne se passe, on n’a plus de projet, les manifestations collectives, en particulier celles qui bénéficiaient aux jeunes et aux enfants, disparaissent. On va me dire bien sur qu’il y a les contraintes budgétaires, mais cette médecine me fait penser à celle qui prétendrait abaisser la tachycardie du patient jusqu’au point zéro, cela ne s’appelle plus une guérison, mais une mort clinique.

La fin de l’ancienne municipalité s’est traduite par des projets marquants d’embellissement, de mise en valeur du patrimoine, la recherche d’animations, d’accueil d’artistes. Cette ville, dans son centre, manque de classes moyennes, ce sont les seules à pouvoir apporter un peu de revenu et un peu de vie. Le plus simple semble être de rester chez soi, de regarder des dvd, de lire, mais sans considérer que la ville est un espace habité. J’ai toujours eu l’habitude de beaucoup marcher dans les villes où j’ai vécu, Lyon, Paris notamment. La ville doit avoir pour moi des espaces à découvrir, changeants selon les saisons, et la ville actuelle me donne bien du mal, j’ai l’impression d’en avoir fait le tour, mais aussi d’en avoir entamé bien d’autres. Elle ne possède pas, non plus, le privilège d’être familière, comme une ville où l’on a beaucoup vécu, connu beaucoup d’amis, au contraire, je me sens ici en pays étranger, en exil, sans lien. Paris me semble être chez moi, je m’y sens complétement en terre connue, alors que j’habite Argenteuil, qui me semble si loin de mes centres d’intérêts.

J’ai vécu les années 60 et 70, qui ne furent pas idéales, mais où l’on pressentait un autre avenir qui dépasserait la vieille France, dans un monde en fait où la religion aurait reculé en importance. Elle est au contraire devenu la colonne vertébrale de bien des gens, de bien des communautés, comme si l’on ne pouvait assumer le monde moderne, et que l’on doive retourner à une religion reloaded.

Qui aurait pu imaginer en ce temps que les giscardiens et le ps incluraient des thèmes religieux, en liaison avec des besoins électoraux, et il semble que la modernité des thèmes tiennent à la prise en compte du voile dans les demandes des électeurs. Comment pourra-t-on concilier dans une même société des thèmes sociétaux qui ne vont pas dans le même sens de l’histoire ? C’est un peu la question que pose la ville, citée d’ailleurs par Houellebecq, et ce qui constitue sa seule citation d’un nom de ville de la banlieue.

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Le blog de Jean Trito

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