Future agglomération, mais dans quoi allons-nous nous fourrer ?

Pour ceux qui ne connaitraient pas les villes composant notre future agglomération, je conseille de lire cet époustouflant article publié par “Marianne”, décrivant le fonctionnement “clientèliste” de Puteaux. Clientèlisme pour décrire ce fonctionnement me semblant encore un euphémisme issu de la novlangue de l’Education nationale, ce terme a le côté rassurant du petit commerce, et des bonnes relations, alors qu’il s’agit de tout autre chose.

Nous allons nous rapprocher du 92, l’ancien “Sarkoland”, mais n’allons nous pas y perdre notre âme ? Jusqu’ici, les reproches faits à nos élus relevaient d’un autre temps, et de la peccadille, que deviendront-ils au contact d’un tel environnement ? L’Ile-de-France qui est déjà en souffrance concernant la réussite scolaire, semble également l’être en matière de bonne gouvernance, et si l’argent permet de recouvrir beaucoup de problèmes dans ces villes aisées, que va-t-il en advenir de nous dans un tel contexte ? Il est possible que nous servions de ville de déversement, le rêve de telles serait de déverser leurs pauvres et indésirables, ou opposants politiques vers des villes comme la nôtre.

“La dernière enquête de 2011 notait que 80% des habitants des HLM de Puteaux n’étaient pas éligibles aux aides au logement. Le rapport en 2011 notait déjà que le bailleur de l’office HLM de Puteaux, autrement dit Joëlle Ceccaldi-Raynaud, ne remplissait pas son rôle de bailleur social. En somme, certains habitants qui correspondent pourtant aux critères exigés n’ont pas accès à un logement social quand d’autres — parfois même des élus de la ville — qui ne devraient pourtant pas en avoir un, en ont décroché. Le logement social, c’est le principal outil du clientélisme municipal : un maire qui donne un logement HLM à une famille, celle-ci vote pour lui à vie.”

“Charles Ceccaldi l’explique d’ailleurs et l’assume parfaitement, dans un reportage diffusé récemment sur France 3 : l’électeur il faut le « séduire » explique-t-il. Première méthode : le cadeau. La mairie abrite deux cavernes d’Ali Baba. Un grand placard au niveau du cabinet du maire (une pièce sans fenêtre qui doit faire 8 mètres carrés), où l’on trouve des cadeaux de toute sorte ainsi qu’une grande réserve, au sous sol. Les cadeaux allant du gadget à 10 euros jusqu’au sac de marque Lancel. En passant par des iPads et des iPhones… Le cadeau reçu vous oblige alors par rapport à celui qui vous l’offre. Cette mise sous dépendance est alimentée par les richesses de la ville. Puteaux est en effet une ville extraordinaire, aux ressources tout aussi extraordinaires. Beaucoup de choses sont faites, c’est vrai. C’est une belle ville bien équipée par exemple en crèches, en transports (on a une ligne de bus gratuite qui traverse la ville), de beaux voyages sont réservés aux enfants, notre conservatoire est le plus grand d’Ile-de-France, des ateliers de loisirs peu chers sont proposés, etc. Pourtant, si la richesse de Puteaux était mieux gérée, on pourrait faire encore plus et surtout faire pour tous ! Car le grand défaut du système, c’est que le clientélisme ne fonctionne que si tout le monde n’y a pas droit. Si tout le monde recevait des cadeaux, plus de raison de se sentir redevable. Evidemment, si vous êtes un opposant vous n’avez droit à rien. Par exemple, je ne suis jamais invité aux fêtes, aux manifestations municipales, même en tant qu’élu de l’opposition. Autre exemple : des candidats de l’opposition qui avaient l’habitude de mettre leurs enfants en colonie de vacances n’ont plus de places depuis qu’ils se sont présentés aux élections. Leurs enfants sont systématiquement mis sur liste d’attente. Toutes les personnes âgées ne sont pas, par ailleurs, invitées aux banquets, comme lors du dernier banquet qui a réuni dans le Hall des sports un millier de personnes ! Les « clients » sont sélectionnés…”

des mentalités

Le passage de la province à la banlieue fait passer d’un monde où il existe une mémoire collective, une mentalité locale, à un autre où personne ne semble avoir de racines, où des mentalités disparates sont au hasard réunies. J’aurais bien du mal à trouver un sentiment d’appartenance local, le sentiment dominant est une sorte de décalage entre un passé et un présent, une vision de soi, et la ville réelle, comme une sorte de schizophrénie ou un déchirement que l’on ne sent pas en province. Vivre ici, c’est un peu s’enraciner dans le déracinement.

Le mauvais niveau scolaire de la région parisienne

carte scolaire09052015 Spontanément, j’aurais répondu que le niveau scolaire en Ile-de-France était meilleur qu’ailleurs, à écouter ce que la première région de France dit d’elle-même.Pourtant, lorsque j’ai consulté la performance des lycées affichée par les hebdomadaires, je me suis rendu compte que le meilleur lycée d’Argenteuil était à peine au niveau du plus mauvais lycée stéphanois, ou de la Loire, et que ce dernier département était largement battu par la Haute-loire, département rural et catholique, présenté quasiment comme un archaïsme.

J’ai aussi vu paraitre des études montrant que le niveau scolaire stéphanois était au-dessus du niveau de Paris intra muros. Tous ces paradoxes ne semblent avoir été notés par quiconque, et de toute façon, l’image de la région parisienne n’a pas été modifiée par ces études, bien que l’on doive constater que ses “grands hommes”, et une grande partie des travailleurs intellectuels viennent d’ailleurs. Ouvrant le livre de Todd, je tombe sur cette carte de France de l’échec scolaire, d’où les enfants émigrés récents ont été retirés pour ne pas trop biaiser les résultats, et c’est un choc : la Loire et la Haute-loire sont dans le haut du panier, et la région parisienne se situe au fin fond de l’enfer scolaire. Todd attribue ces différences au vieux fond catholique (qu’il qualifie du doux nom de “catholique zombie”, c’est à dire que la religion n’est plus pratiquée, mais son fonds culturel demeure), qui préserve la famille, les solidarités, et permet ainsi une plus grande réussite scolaire.

La thèse de Todd, c’est qu’ont manifesté uniquement les classes moyennes et supérieures, et plutôt les régions d’origine catholique, dans une sorte de consensus excluant les autres groupes. Il essaie d’expliquer un phénomène qui m’a un peu stupéfait : à Saint-Etienne, 60 000 personnes ont manifesté, à Argenteuil une centaine environ. En région stéphanoise, les commerçants arboraient le badge “je suis Charlie”, il aurait été incongru et impensable que quelqu’un l’affiche ici, en banlieue.