Brevet des collèges, le pataquès d’Argenteuil

Quelle mauvaise surprise pour les collégiens d’Argenteuil dont le nom ne figurait pas sur les listes internet diffusées ce matin. Qu’est-il arrivé, même les meilleurs avaient été victimes d’une sorte de Brésil-Allemagne scolaire ? un burn out à l’examen, un effondrement incompréhensible ? une catastrophe non annoncée ?

Ce matin tandis que toute la France lisait ses résultats sur le net, les élèves du collège d’Argenteuil avaient tous échoués.

Il leur a fallu se rendre à leur collège pour découvrir les véritables résultats, et leur réussite. Ouf ! tout n’est pas foutu.

Il semble que l’Education nationale avait oublié d’intégrer ces résultats dans ces listes. Aurait-elle aussi facilement oublié les collèges des quartiers aisés ? on aurait eu des articles de journaux pour dénoncer cette impéritie, des reportages de la télé, la ministre serait venu s’excuser sur TF1, on aurait convoqué les psychologues.

Pas une excuse rien, comment a-ton pu oublier des établissements et déclarer la liste complète, sans repointer les noms ?

Pire, aucune des listes sur les sites Internet n’ont été rectifiées, malgré le droit de chacune à obtenir la correction d’informations erronées le concernant, susceptibles de nuire, puisque les noms
qui n’apparaissent pas sont censés avoir échoué. Un stigmate qui suivra ces argenteuillais toute leur vie, lorsque quelqu’un voudra vérifier leur CV.

Advertisements

Une ville très religieuse

Aller en province me donne souvent l’impression de revenir dans le passé, et de retrouver une France de mon enfance. Lorsque j’étais enfant, j’expliquais à mes parents que l’on ne pouvait croire ce que disait la religion, parce que ce n’était tout simplement pas croyable. Nous n’étions qu’à une trentaine d’années de l’an 2000, que l’on voyait comme un futur de science-fiction, et il fallait s’y préparer, et changer son esprit.

Aujourd’hui, lorsque je regarde l’Ile-de-France, et que je prends un peu de recul, je suis effaré. Dans ma ville, on peut avoir une adjointe voilée. Le maire explique que c’est parfaitement légal, on pourrait donc avoir un conseil municipal entièrement vêtu de costumes ecclésiastiques, qui déambulerait dans les rues habillé en curé, en moine, en bonne sœur ? Je n’ai jamais vécu dans un lieu où la religion soit aussi importante, où elle imprègne toutes les questions de politique locale. Nous avions une mosquée cathédrale, nous allons en construire une deuxième, les catholiques réagissent en décidant d’une ostentation de la tunique du Christ avec près de vingt ans d’avance. La ville s’enfonce dans l’ennui, perd de son dynamisme, et ces questions religieuses paraissent occuper tout l’espace.

Le voile s’est répandu en l’espace d’une quinzaine d’années, moyen pour une communauté de remettre la main sur ses femmes, dont la réussite scolaire très supérieure à celle de ses garçons, risquait de leur donner le goût de l’indépendance. Plus il y a de voiles dans une ville, et plus il faut le porter, plus la pression sociale augmente. Les filles doivent céder, parce que c’est une stratégie matrimoniale, elle doivent afficher leur vertu, sinon elles seront concurrencées par les filles du bled, que l’on ira chercher pour les remplacer. Dans “Soumission”, Houellebecq cite Argenteuil, et il est probable que notre bonne ville lui a donné des idées pour ce dernier roman.

Il s’agit peut-être d’une particularité liée à l’Ile-de-France, où personne n’est autochtone. Les catholiques eux-mêmes sont plus traditionalistes qu’en province, et ce sont des catholiques convaincus, catéchistes, qui m’ont fait part de leur étonnement. En région parisienne, comme à Versailles, le catholicisme est une sorte de signe de reconnaissance, d’entre-soi, presque une mentalité obsidionale de chrétiens d’orient.

Le petit garçon que j’ai été, s’étonnerait aujourd’hui de cette sorte de décrépitude là où il attendait un monde plus moderne.

La vie séparée

Le journal “l’Argenteuillais” dresse un panégyrique du lycée Geoges Braque. La mairie espère remonter l’image de ce lycée, qui se situe, selon le classement de l’express, à la dernière place de l’académie. Il s’agit d’introduire des classes de préparation à Sciences-po, et d’autres initiatives destinées à attirer un autre public.

Les politiques locaux développent le thème du “vivre-ensemble”, qui parait comme une sorte d’humour savamment décalé, quand on regarde la situation réelle. Des vieux habitants de la ville me disent que la réputation du lycée n’a pas toujours été celle-ci, et qu’ils sont surpris de constater la longueur des files d’attente pour inscrire les enfants dès la maternelle à l’école privée catholique. Nous sommes tous des français laïcs, qui nous revendiquons de cette laïcité, portée comme un drapeau, mais qui nous battons pour mettre nos enfants à l’école catholique. En fait, l’essentiel de la société française “de souche” et laïque met ses enfants à l’école privée catholique.

Il semble que l’école publique locale, qui bénéficie pourtant de profs mieux classés aux concours que ceux du privé, ne recueille que ceux qui ne peuvent faire autrement. Mais ce sont les élèves, et milieu d’origine, qui font le niveau d’une école, plutôt que la qualité de ses enseignants. L’adresse est devenue plus importante que le niveau intellectuel.

Dans notre ville, la fracture est impressionnante, c’est comme si l’on avait deux populations qui ne se croisaient pas. Le vivre ensemble a disparu avec la suppression des fêtes, dont on a dit qu’elles étaient dispendieuses, qu’organisait la précédente municipalité. La suppression de ces manifestations populaires, où il y avait encore un peu de mixité, a entraîné aussi la fin de ce modeste “vivre-ensemble”. De plus en plus, chacune des populations a ses fêtes, ses écoles, et elles ne se croisent plus.

Le mauvais niveau scolaire de la région parisienne

carte scolaire09052015 Spontanément, j’aurais répondu que le niveau scolaire en Ile-de-France était meilleur qu’ailleurs, à écouter ce que la première région de France dit d’elle-même.Pourtant, lorsque j’ai consulté la performance des lycées affichée par les hebdomadaires, je me suis rendu compte que le meilleur lycée d’Argenteuil était à peine au niveau du plus mauvais lycée stéphanois, ou de la Loire, et que ce dernier département était largement battu par la Haute-loire, département rural et catholique, présenté quasiment comme un archaïsme.

J’ai aussi vu paraitre des études montrant que le niveau scolaire stéphanois était au-dessus du niveau de Paris intra muros. Tous ces paradoxes ne semblent avoir été notés par quiconque, et de toute façon, l’image de la région parisienne n’a pas été modifiée par ces études, bien que l’on doive constater que ses “grands hommes”, et une grande partie des travailleurs intellectuels viennent d’ailleurs. Ouvrant le livre de Todd, je tombe sur cette carte de France de l’échec scolaire, d’où les enfants émigrés récents ont été retirés pour ne pas trop biaiser les résultats, et c’est un choc : la Loire et la Haute-loire sont dans le haut du panier, et la région parisienne se situe au fin fond de l’enfer scolaire. Todd attribue ces différences au vieux fond catholique (qu’il qualifie du doux nom de “catholique zombie”, c’est à dire que la religion n’est plus pratiquée, mais son fonds culturel demeure), qui préserve la famille, les solidarités, et permet ainsi une plus grande réussite scolaire.

La thèse de Todd, c’est qu’ont manifesté uniquement les classes moyennes et supérieures, et plutôt les régions d’origine catholique, dans une sorte de consensus excluant les autres groupes. Il essaie d’expliquer un phénomène qui m’a un peu stupéfait : à Saint-Etienne, 60 000 personnes ont manifesté, à Argenteuil une centaine environ. En région stéphanoise, les commerçants arboraient le badge “je suis Charlie”, il aurait été incongru et impensable que quelqu’un l’affiche ici, en banlieue.