Argenteuil, centenaire du 11 novembre 1918

C’était sous la pluie, j’ai hésité à venir. Autrefois, les commémorations m’ennuyaient, je les voyais à travers les yeux de Cabu, ce caricaturiste pacifiste qui est mort à la guerre. Aujourd’hui, à travers ces images un peu tremblotantes en raison des bousculades, et parfois embrumées par la pluie, elles ont quelque chose d’une fête de famille ancienne, ils sont tous là, les représentants traditionnels de la république, et même le curé, les élus de la mairie, les opposants, comme pour une réunion ultime d’une France ancienne. Quand j’étais enfant, nous allions parfois rendre visite à tel grand oncle, ancien combattant de 14/18, et il me semblait si vieux, et maintenant, c’est moi qui suis presque vieux. Il y a quelque chose de nostalgique, dans cette manifestation, un mélange de la France nouvelle des enfants, et d’une France du temps de mes parents et grands-parents.

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Le jardin d’Héloïse, avril 2018

Je ne me lasse pas de prendre en photo ce jardin extraordinaire, qui à l’instar de celui d’une nouvelle de Edgar Allan Poe, devient plus grand à mesure qu’on s’y balade. Il n’a pas encore atteint sa plénitude, mais il est déjà agréable dans sa promesse. Comment ne valorise-t-on pas plus un tel lieu, où Héloïse et Abélard ont conçu leur fils Astrolabe (une bière argenteuillaise porte son nom), tandis que la moindre gargotte de Bretagne se rattache à l’un des personnages de la légende du roi Arthur ? il faut dire que cette histoire est aujourd’hui bien oubliée, et qu’il n’y a personne pour la porter. Le cinéaste Kechiche a un projet d’histoire tournant autour d’Héloïse, Jean Teulé en a fait une sorte de virago, mais j’imagine bien une histoire où, comme dans “la maitresse du lieutenant français”, le passé et le présent se répondrait. Il faut redonner de l’actualité et de la fraîcheur au moyen-âge, et pouvoir lui redonner toute sa modernitté.