Faut-il reconstruire le moyen-âge à Argenteuil ?

Maxime le Forestier chantait autrefois le désir de retourner au moyen-âge. Qu’en serait-il de ce rêve aujourd’hui, dans une ville comme Argenteuil ?

Le moyen-âge est-il un avenir possible, souhaitable, désirable pour notre bonne ville ?

Issu du XXème siècle, et des années de progrès, où l’on croyait que l’on allait vers un monde bien meilleur, plus libre, j’aurais réfuté cette idée d’un revers de main, mais aujourd’hui, et constatant que des moeurs et des idées anciennes et impensables tiennent le haut du pavé, je me demande si ce n’est pas, finalement, un avenir comme un autre.

Nous avons déjà commencé en remettant en état ce qui nous restait de cette époque, et le jardin de l’abbaye en ruines a été ouvert au public, un jardin moyenâgeux a été reconstitué, en souvenir du temps d’Abélard et Héloïse. Faut-il aller plus loin ?

Le moyen-âge est le meilleur avenir qui puisse s’offrir à Argenteuil, son patrimoine est prestigieux, spirituel, il pourrait procurer, à quelques kilomètres de Paris, des possibilités infinies de retraite et de ressourcement.Quitter le temps d’un week-end le monde des portables et de l’hyperconnexion, pour venir se perdre un peu ici.

Est-ce irréaliste ? non, car nous avons encore les plans et le détail des murailles anciennes de la ville, et avec nos moyens modernes, et quelques subventions européennes, nous devrions pouvoir lancer de grands chantiers, qui auraient l’avantage d’apporter de nombreux emplois. L’abbaye aussi pourrait être entièrement reconstruite sur ses ruines, et sans doute dans le détail. On imagine ce que pourrait donner une telle représentation des lettres d’Héloïse et d’Abélard, sur les lieux mêmes de leurs amours.

On va me dire, que ce serait une sorte de disneylandisation, de “guerre du faux”, façon Umberto Eco, mais si l’on regarde notre patrimoine, on se rend compte qu’une bonne part des bâtiments anciens ne le sont pas tant que cela, restaurés, embellis par Viollet-le-Duc, ripolinés comme à Bruges, notre moyen-âge ne serait pas plus factice que celui des autres. On pourrait inviter Dan Brown, car notre passé recèle la matière de plusieurs de ses livres à venir, très certainement, et son moyen-âge n’est pas pire que le passé retravaillé par certains.

Notre patrimoine peut être entièrement reconstitué, comme on envisage de faire ressurgir des espèces disparues, à partir d’un brin d’adm. Cette idée aurait été inconcevable au XXème siècle, tourné vers l’avenir et la destruction, mais aujourd’hui, le passé profond a de l’avenir.

Comme pour Maxime le Forestier, la nostalgie nous envahit déjà, devant une époque qui nous déshumanise. Nous vivons dans un monde où rien ne doit s’arrêter jamais, sans pause et sans dimanche, le moyen-âge, avec ses fêtes, peut nous sembler un enviable avenir. Au fait, qu’est devenue la fête médiévale, qui se tenait à chaque printemps jusqu’en 2008 ? Il est temps de la ressusciter. Je me souviens que l’ancien maire, avait interpellé le curé local, en lui demandant pourquoi l’on ne sortait pas plus souvent la tunique du Christ, ce qui aurait suscité de l’animation, et peut-être le passage de nombreux pèlerins par la ville. Un pèlerinage vieux de douze siècles peut devenir furieusement tendance, comme la route de Compostelle. Je vois déjà des milliers de voyageurs quittant Paris à pied dans une quête éperdue d’authenticité, pour se rendre à Argenteuil en suivant la Seine. “la grande boucle de la tunique”, “le chemin d’Abélard” : tout est prêt, il ne reste qu’à trouver le bon titre. On imagine déjà des dame du temps jadis, venant en grand voile, en coiffe, en guimpe et gorget, se mêler aux femmes voilées du cru, dans un grand brassage des temps.

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Argenteuil et la Seine

La photo oblige à bouger, même en automne, quand le froid et l’humidité transpercent les vêtements. Le temps est presque incolore, et le ciel et l’eau se ressemblent avec ce gris un peu plombé. Ce sont quelques essais de videos vite rassemblés, mais ils donnent une ambiance, celle d’un dimanche d’automne, et le calme séculaire de la Seine, avec ses bateaux lents, ses paysages qui semblent immuables, même si l’urbanisme les envahit.

Argenteuil au bord de la Seine en Automne

Peut-on photographie le banal, ce que personne ne photographie ici ? Je ne vois jamais de photographes dans les rues, et ils sont suspects pour la population, comme si seule la police ou ses indics prenaient des photos. L’automne est la saison des brumes, du gris, de la pluie, du froid qui vous empêche de manier les petits boutons des compacts et autres appareils miniatures. Le ciel, la Seine, les murs ont les mêmes couleurs, et c’est la photo monochrome qui le rend le plus, parce qu’elle élimine l’anecdote de la couleur, pour la remplacer par le dessin et la structure de l’image.

Sur le chemin j’ai voulu aussi ramener des images de la rue Barbusse, des images banales de banlieue, que peu de gens filment, ou photographient, mais dont l’intérêt réside dans le vide des rues, les courbes élégantes des nouveaux immeubles, qui se marient avec les arrondis de la route au tracé sans doute très ancien, un des lieux que Monet a peint voici plus d’un siècle. Je n’ai pas su en trouver l’angle, comment voir ce qu’il y a d’unique dans un coin de ces vastes banlieues que personne ne visite, sauf des passants pressés par des choses utiles.