Comme on s’ennuie à Argenteuil

François Hollande a dit d’Argenteuil, que c’était l’une des communes les plus pauvres d’Ile-de-France. On le constate de jour en jour, qui apporte son lot de fêtes supprimées. Il ne va bientôt rester que le “vivre ensemble”, ce terme techno, comme ‘espace aquatique standardisé”. J’ai espéré en arrivant ici que la ville se développerait, que l’on irait vers autre chose, mais je constate avec effroi que même des villes de province à la réputation épouvantable, comme Saint-Etienne, demandez aux lyonnais, n’ont rien à voir avec la vie ici. On y a embelli le centre-ville, dans lequel on a envie de se promener, où l’on trouve des commerces variés, où l’on peut sortir.

Pour moi, ce qui fait la ville, c’est la possibilité de se promener dans son centre, de pouvoir s’arrêter dans un café agréable, de déambuler, en regardant ses paysages urbains. Je me rends compte que de modestes villes de province ont ces qualités, et que notre ville n’a pu les développer. Ces villes de province ont une mémoire collective, un esprit de chapelle peut-être, alors qu’ici nous sommes d’origine plus disparate, et l’on chercherait vainement une culture commune. Ce qui revient constamment dans les discussions, c’est la difficulté de vivre ensemble, l’effort qu’il faut faire pour s’abstraire de l’ambiance générale si l’on veut réussir, comme si le collectif était l’ennemi de la réussite.

Argenteuil est peut-être une ville pour vivre en pavillon, mais la vie pavillonnaire n’est pas une vie en ville, et c’en est l’antithèse. Il semble que nous allons vers une sorte de grand vide collectif, dont personne ne semble saisir l’intensité, et depuis l’élection de l’an dernier, je me demande de jour en jour s’il ne faudrait pas quitter la ville pendant qu’il est encore temps. C’est un deuil quotidien de la vie urbaine que l’on vit, une sorte de vivre désensemble.

argent holland 01052015

Advertisements

“on est dans la merde”

Je me désole un peu de cette lettre adressée par la mairie à nos citoyens. Toute l’argumentation repose sur des courriels des services de l’ancienne mairie, trouvé dans ces corbeilles. Il ne s’agit pas de la critique de comptes, de décisions politiques, mais d’une utilisation d’échanges internes, dont on ne sait s’ils sont pertinents ou pas, de simples brouillons sans doute. “la politique ne se fait pas à la corbeille”, serai-je tenté de dire comme le grand Charles autrefois.

Le même document reprend les remarques de François Hollande : nous sommes une des villes les plus pauvres, et il appartenait aux élus de ne pas dépenser. C’est d’un cynisme, en fait, doublé d’un opportunisme politique : il s’agit de renvoyer chaque entité territoriale à son rang, qu’elle devrait tenir, sans poser la question, comme le fait Doucet, de la péréquation des ressources. Je ne suis pas certain que ce soit une réponse réfléchie qui fasse gagner des voix à notre président, et elle n’existe pas à critiquer la gestion de la ville par les socialistes, en lui reprochant en quelque sort d’être socialiste. Elle fait sans doute référence à l’objectif d’encadrement des dépenses des collectivités, malgré la plus grande intervention sociale qui leur est demandée.

C’est une réponse pleine de morgue, digne des élites parisiennes. Ne voit-il pas les fractures territoriales, sociales, qui frappent notre territoire, et dont la région parisienne constitue une sorte de miroir caricatural. C’est en gros le programme de “forza italia”, instaurons la séparation partout, et que chacun vive selon ses moyens et son savoir. Sans voir notamment que la richesse parisienne est produite par des banlieusards, qui acceptent des mouvements pendulaires, des incidents à répétition le soir dans les transports, sans une protestation. C’est la deuxième erreur de cette lettre, nous ne devrions pas être fiers d’une telle réponse, qui nous range plutôt dans les “sans-dents”, qu’elle ne fait une critique intelligente d’une politique municipale.

Comm de crise

Le maire, Georges Mothron a sans doute bien fait de faire tourner ce reportage, car il a le mérite de montrer son action et de l’expliquer. En termes de communication, c’est une bonne chose., car les gens se posent des questions sur l’action municipale depuis un an. Je ne sais pas si ces économies seront à la hauteur du problème, il s’agit de trouver le moyen de modérer l’impôt local, et de ne pas inciter les classes moyennes à partir. Quand on écoute F Hollande, on comprend que l’on est une ville “sans dents”. Il reste aussi le problème que, comme le disait Balzac, la dépense publique n’est pas une dépense, mais un arrosoir. Que vont devenir les 400 personnes licenciées, dont on a si peu de nouvelles, que personne n’interviewe, dont on ne sait même pas qui ils sont. Il faut penser que c’était peut-être une chance formidable pour des gens en difficulté. De même il ne faut pas oublier que la réfection des hlm a pemis aux gens d’avoir moins froid l’hiver, et que les quartiers y ont gagné en esthétique. L’entretien du patrimoine historique n’a pas été un luxe, embellir la ville, la mettre en valeur, l’animer permet aussi de retenir les classes moyennes, si précieuses. On présente l’endettement comme un mal, mais il est aussi un actif, un bien commun. Supprimer les fêtes, les animations pour enfants est peut-être un cost-killing réussi, mais c’est aussi enlever un peu de gaité à la ville, rendre les “sans dents” encore plus tristes. Il y a une sorte de climat dépressif sur cette ville depuis un an, nous ne sentons plus aucune dynamique. Peut-être est-ce plus sensible dans le centre, car une bonne part des classes moyennes habitent les zones pavillonaires, plus loin du coeur de la ville, en retrait en quelque sorte, et c’est le cas de la plupart des dirigeants de cette ville d’ailleurs.

Philippe Doucet et la lutte contre “l’apartheid”